Journée de la Femme 8 mars 2017Billet de "bonne humeur" de Catherine de Rasilly

Certains Alfortvillais présents lors de la table ronde consacrée aux "Femmes de lettres - Femmes d'influences" à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes"  le 8 mars et lecteurs du journal "Le Monde" pourraient se demander s'il n'y avait pas un journaliste du Monde ou un émissaire du Ministère de l'Education Nationale présent (incognito) dans la salle !?
Voici ce qu'on peut lire dans cet article paru le 20 mars:
... "La Princesse de Montpensier » au programme en 2018, une mesure qui intervient après la pétition lancée par une professeure de français d’Alfortville.
... "La mesure fait suite à une pétition lancée par une professeure de Français d'Alfortville. Le livre d’une écrivaine, Mme de Lafayette, fera partie du programme du baccalauréat littéraire en 2018, une première pour une femme. La Princesse de Montpensier, écrite par Mme de Lafayette en 1662, est inscrite au programme 2018 avec son adaptation cinématographique par Bertrand Tavernier, qui date de 2010."...
... "Le professeur aura soin d’inscrire chacune des deux œuvres dans son contexte socioculturel et artistique spécifique, afin de favoriser leur dialogue mais aussi leur confrontation », souligne la note de service publiée dans le Bulletin Officiel de l'Éducation Nationale jeudi dernier, relevée par le journal Le Parisien lundi.
... "Dans un communiqué publié lundi, la Ministre de l’Éducation « se réjouit » de l’arrivée d’une œuvre d’une auteure dans le programme de terminale du bac L. Et souligne que le cas du bac L « n’est pas isolé » puisque « à l’agrégation de lettres, seules deux femmes ont figuré au programme de littérature du Moyen-Âge depuis 1981 », à savoir Marie de France en 1996 et, cette année, Christine de Pizan, précise Mme Vallaud-Belkacem."
... Mais « nous aimerions que les grandes écrivaines comme Marguerite Duras, Mme de Lafayette, Annie Ernaux, Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, Simone de Beauvoir, George Sand, Louise Labé… soient aussi régulièrement un objet d’étude pour nos élèves ».

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Mercredi 8 mars, à Alfortville j'ai évoqué avec vous la personnalité atypique de cette toute première féministe déclarée par l'intermédiaire de la littérature, Christine de Pizan….

Nous sommes alors en plein Moyen âge ! Sous Charles V !

Née en 1364, morte en 1430, veuve et indépendante, c'est la première femme écrivain à vivre de sa plume. Elle casse ce que nous appellerons la littérature courtoise ! Charles V lui commande même des poésies ! Son œuvre est  assez méconnue en France. Pourtant c'est la championne de la cause des femmes du Moyen âge. Bien évidemment il ne s'agit en rien de féminisme au sens moderne du terme ! En fait elle prône la rébellion contre les lois et usages établis afin de retrouver une énergie personnelle !

La médiéviste Régine Pernout voit en elle une féministe avant la lettre. Christine de Pizan en effet attribue l'inégalité intellectuelle entre les hommes et les femmes non à la nature, mais à l'éducation et aux représentations d'elles mêmes fournies aux femmes par le discours misogyne dominant.

Ce qui s'inscrit tout à fait dans la problématique des études de genre des années 70.

Le Gender Streaming ! Ce dont nous avions largement parlé l'année dernière dans l'évocation du modèle suédois !  http://alfortvilleconf.canalblog.com/archives/2016/03/02/33450703.html  Bien sûr le féminisme de Christine de Pizan ne pouvait se déployer dans ce contexte du 15ème siècle !

Autre féministe qui sera proposée au programme: George Sand qui choisit d'enfiler quant à elle,  un pseudo d'homme, garde robe comprise !

Capture d’écran 2017-03-21 à 19Plus facile pour exister et écrire librement. De son nom de naissance, Amantine Aurore Dupin baronne Dudevant. Devenue George Sand en 1829, elle prend la défense des femmes, prône la passion, fustige le mariage et lutte contre les préjugés d'une société conservatrice. Une vraie Féministe !

Ses premiers romans bousculent les conventions sociales et magnifient la révolte des femmes en exprimant les sentiments de ses contemporaines, ce qui ne se faisait pas (INDIANA en 1832) .

Puis, elle ouvre ses romans à la question sociale en défendant les ouvriers et les pauvres (le compagnon du tour de France) en imaginant une société sans classe et sans conflit ! (Mauprat 1837- Le meunier d'Angibault en 1845).

Elle se tourne ensuite vers le milieu paysan (La mare au Diable en 1846, François le Champi en 1848, La petite Fadette 1849, Les Maitres sonneurs en 1853)

Elle s'essaye à l'autoboigraphie avec "Histoire de ma vie" en 1855 et le roman historique avec "Les Beaux Messieurs de Bois doré "en 1858 qui multiplient les péripéties amoureuses et aventureuses dans le contexte des oppositions religieuses sous Louis XIII.

Elle fréquenta de nombreux intellectuels de son époque Eugène Delacroix, Frantz Liszt, Frederic Chopin, Honoré de Balzac, Victor Hugo et Gustave Flaubert  entre autres à qui elle écrivit dans une de ces lettres: « Il n’y a qu’un sexe. Un homme et une femme, c’est si bien la même chose, que l’on ne comprend guère les tas de distinction et raisonnements subtils dont se sont nourries les sociétés sur ce chapitre-là. »

Nous pourrions faire l'apologie de bien d'autres auteures dont les idées, la personnalité, l'opiniatreté et le talent mériteraient amplement de figurer dans les programme de nos lycéens et étudiants !

Elles ont souvent basculé dans l'écriture à la faveur d'un événement familial, politique ou sociétal marquant. Elles ont alors écrit sur leur quotidien, leur vision du monde dans lequel elles évoluaient, leur vécu de la société au travers de leurs peines et de leurs joies, des évènements familiaux qu'elles traversaient….

Les femmes ont toujours écrit. Pour la plupart, elles ont amené le lecteur à réfléchir et à envisager la vie, la société avec un autre point de vue… femmes de sciences, philosophes, politiques, toutes à leur niveau ont été des femmes d'influences !