Tribune libre 2015-12-10 à 14

Billet d'humeur de Catherine de Rasilly

Élue à Alfortville depuis 2001, Conseillère Municipale puis désormais Adjointe au Maire en charge de la Politique de la Ville, j'ai toujours eu à coeur d'exprimer et de faire avancer mes idées, de porter les dossiers qui m'étaient confiés. Forte de mes convictions, je ne me sens jamais seulement "Femme" mais citoyenne à part entière, active, responsable, engagée et intégrée dans les sphères municipale et associative d'Alfortville. J'ai toujours pensé qu'associer des femmes au travail d'une équipe était un atout, que l'analyse et l'approche féminine des dossiers étaient un plus dont la société aurait tort de se priver. C'est pourquoi, je suis d'accord avec cette professeure de lettres du lycée Maximilien Perret d'Alfortville qui s'indigne de l'absence d'auteurEs et revendique leur présence au programme du bac. Pour être tout à fait franche... je n'avais jamais remarqué ce phénomène, mais maintenant que Françoise Cahen le soulève, c'est exact. Pourquoi cette absence de femmes écrivaines ? Je pense que la perception de la société par les femmes à travers la littérature est un angle d'étude non négligeable et intéressant.

Selon le JDD (dans un article d'Anne-Charlotte Dusseaulx) du 13 mai: "Quelle femme a déjà été au programme littéraire de la terminale L ? Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, George Sand? Non, aucune. Françoise Cahen, professeur de français dans un lycée d'Alfortville (Val-de-Marne) a lancé une pétition pour protester contre cette absence. "Nous ne demandons pas la parité entre artistes hommes et femmes. Nous aimerions que les grandes écrivaines […] soient aussi régulièrement un objet d'étude pour nos élèves", écrit-elle dans ce texte intitulé "Pour donner leur place aux femmes dans les programmes de littérature au bac L"....

"Il faut faire attention à l'image que l'on donne aux jeunes de la littérature : pour l'instant, il apparaît que les hommes écrivent les grands livres. Les femmes […] seraient là pour les étudier et les admirer…", poursuit cette enseignante, qui déplore que "sans s'en rendre compte, on accrédite l'idée qu'il n'y aurait pas de femmes écrivains!... cela ne faisait que refléter le sexisme ambiant de notre culture".

J'ai toujours été "feministe", convaincue que les femmes et les hommes réfléchissaient peut être différemment mais tout aussi intelligemment. Cette année, j'organisais en Mairie, une table ronde à l'occasion de la "journée des droits des femmes".

 La "journée des droits des femmes"  http://alfortvilleconf.canalblog.com/archives/2016/03/02/33450703.html c'est bien, mettre en évidence certaines femmes emblématiques à cette occasion c'est bien, mais nombre de philosophes (femmes), écrivaines, intellectuelles et femmes engagées au quotidien ont permis des changements de mentalités, de comportement, ont fait avancer la science, les lois.

On dit fréquemment que derrière chaque "grand homme" il y a une femme ! Elles agiraient donc dans l'ombre à l'image de Madame de Maintenon en son temps. N'oublions pas que "le sexe prétendu faible" a souvent été le moteur de révolutions sociales et l'accélérateur de changements de notre société. D'autres plus hardies sont parvenues à s'expimer elles mêmes et par être reconnues. Olympe de Gouge,qui revoyait ainsi la déclaration des droits de l'homme "Article 1: la Femme naît libre et demeure égale à l'Homme en droits."....."La Femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune."

Françoise Giroud, Simone Veil également écrivaines sont allées au bout de leur engagement politique et militant.
Certaines sont devenues académiciennes Marguerite Yourcenar, Hélène Carrère d'Encausse, Jacqueline de Romilly, Simone Veil... D'autres sont tout aussi connues pour leurs ouvrages engagés comme Simone de Beauvoir (Le deuxième sexe), Françoise Sagan (Bonjour tristesse), Elisabeth Badinter (L'amour en plus) , Marguerite Duras (L'Amant) ou pour l'analyse pointue de leur époque comme George Sand, Madame de Lafayette, Madame de Staël, Madame de Sévigné dont la correspondance est une peinture fidèle des moeurs d'une classe sociale, la liste est longue et ce ne sont que des exemples ...

Le monde change, mais la Société, les mentalités évoluent très lentement et ces programmes "sexistes" ne favorisent pas l'accélération du processus. Dommage de négliger un tel pan de notre culture ! Faisons le voeu que cette professeure soit entendue, écoutée et qu'en 2017, un sujet de bac propose une auteure !

Reparlons en dans un an ! Un beau sujet pour une prochaine journée des droits des femmes ?