Le 09 avril 2009, les députés, tous partis confondus, ont démontré une nouvelle fois, lors du vote sur la loi Hadopi, le manque total de considération qu'ils avaient pour leur propre fonction. Les honneurs et la rémunération, oui. Les devoirs, non.

Certains fustigent actuellement les rémunérations des patrons, sans faire le distinguo entre ceux du CAC 40, une poignée, et ceux qui s'impliquent totalement dans la défense de leur société et donc de leurs employés, des dizaines de milliers. Ils feraient mieux de brandir leur foudre contre les parlementaires, qui ne les représentent pas, même au cours des votes pour des lois qui mettent en cause des notions déterminantes de liberté individuelle et de droits de création, comme la loi Hadopi.

Nous commencerons par reproduire le billet de Jean-Michel Apathie, chroniqueur à RTL et Canal +, billet qu'il a publié le 10 avril 2009 dans son blog. Billet qui pourrait paraître excessif, en particulier dans son titre, et écrit sans doute sous le coup de la colère, colère par elle-même bien compréhensible. Billet qui n'est en fait qu'un simple constat. Le constat que ce sont les députés eux-mêmes qui nourrissent l'antiparlementarisme.

Puis nous parlerons du cas particulier du député d'Alfortville, qui nous intéresse localement.

Image_4093,77% des députés n'étaient pas à leur travail, hier. Mais qu'est-ce qu'ils foutent les députés, en France?

           C’est du grand Guignol, mais c’est parfois utile le grand Guignol. Vous connaissez l’info, l’histoire aussi. Le gouvernement s’est recalé sur le vote de sa loi Hadopi, sur le téléchargement illégal. 21 voix contre, 19 venant des élus de gauche présents, plus une voix centriste, plus celle de Nicolas Dupont-Aignan, ex-UMP. Et face à cette coalition, il ne s’est trouvé que 15 élus UMP pour voter en faveur du texte gouvernemental. Donc, rejet du texte, qui sera représenté. Donc, ridicule général, à la fois du gouvernement, piteux dans l’histoire, de la majorité parlementaire, parfaitement ridicule, et de la gauche qui parle d’une victoire politique, ben voyons, toute fière d’avoir planqué neuf députés, ou huit, le chiffre varie selon les récits, derrière des rideaux, qui ont surgi au moment du vote, quel talent, non mais quel talent dans la guérilla parlementaire.

Cette histoire saute à la figure de tous ceux qui pensent qu’un Parlement, c’est important. On y apprend, avec cette histoire, qu’on s’y marre comme ces mômes, à cache-cache, que c’est rigole. On constate aussi l’absence, c’est à dire le je m’en foutisme, des députés dont nous savons tous, et depuis longtemps, qu’ils viennent en masse le mardi et repartent en masse le mercredi. Ils ont d’autres mandants, d’autres fonctions, en clair d’autres choses et mieux à faire que de siéger dans une Assemblée où ils sont censés représenter le peuple français.

Ces députés là ont des défenseurs, des gens doctes, qui pour certains tiennent des blogs doctes, où ils expliquent et expliqueront encore, que le vrai travail se fait en commission, que les benêts que fixent leur attention sur le déroulement des séances publiques dans l’hémicycle ne comprennent rien de rien à la technique parlementaire, et que critiquer l’absentéisme est une forme élaborée du poujadisme.

Ne nous laissons pas intimider par ces arguments à trois sous. Contraignons donc, par la loi, le règlement, ce que l’on veut, les députés représentant le peuple à exercer un peu plus leur mandat. Finissons-en, une bonne fois pour toutes, avec ce sinistre cumul des mandats et des fonctions qui détourne les députés de leur travail. Exigeons des élus du peuple un autre comportement que la pantomine dérisoire qu’ils nous ont offerte hier.

Tout était détestable, hier. Le président du groupe UMP, absent lors du vote, qui revient en catastrophe pour critiquer les élus socialistes. Les élus socialistes, justement, enfin la petite poignée d’élus socialistes, moins de vingt, qui se donnent l’accolade et laissent éclater leur joie à l’annonce de leur immense victoire politique. La ministre de la Culture enfin, dépitée mais souriante, qui garantit que le texte sera voté bientôt, pas grave, rien de grave, rien d’important.

Hier, 36 députés sur 577 ont voté sur ce texte Hadopi. Autrement dit, 6,23% des députés de la république française faisait leur boulot hier. Autrement dit encore, 93,77% des députés de la République faisaient autre chose, étaient ailleurs. en terme d’image, de réputation, de crédibilité, ces chiffres disent l’urgence d’une correction de comportement, ou de règles, ou de quelque chose enfin, pour que ce parlement, n’oublions pas les sénateurs, ce n’est pas mieux, soit autre chose que ce ridicule théâtre d’ombres qui ajoute encore au discrédit de la politique en France, tellement profond, tellement ancré dans les esprits, qu’aucun des dirigeants au pouvoir n’a pu se faire réélire dans l’hexagone depuis 1978, triste, très triste record parmi les démocraties occidentales.

ALFORTVILLE CONFLUENCE avait évoqué, dans un message du 30 mai 2007, le rôle du député et le scandale du cumul des mandats qui pénalise l'accomplissement normal de la mission de législateur au niveau national, en interdisant de consacrer à cette mission le temps qu'elle mérite. Mission aussi pénalisée par le rôle d'assistante sociale locale, au service des électeurs, auquel tout député est bien obligé de se plier, pour assurer sa réélection.

Mais venons-en au cas du député d'Alfortville qui nous intéresse plus particulièrement.

Rappelons tout d'abord que Monsieur Rouquet a soutenu Madame Royal pendant la campagne présidentielle. Il a ainsi distribué fait distribuer dans les boîtes aux lettres de la ville et tracté fait tracter sur le marché une plaquette où il affirmait son soutien total à un programme dont l'une des mesures phare était la suppression du cumul des mandats. Chacun connaît la suite : cette position politique n'était pas applicable à sa propre personne puisqu'il s'est représenté aux élections législatives et municipales. Encore une promesse non tenue qui rejoint la litanie de toutes celles qu'il a bafouées. Reconnaissons qu'il n'est pas le seul, loin s'en faut, dans les rangs de son parti : cela n'absout pas sa faute...

Juin 2007 - Monsieur Rouquet est élu Député et le voilà nommé:

1 - Membre de la commission de la défense nationale et des forces armées,

2 - Membre du groupe d'études sur le Tibet,

3 - Vice-Président du groupe d'amitié France-Arménie,

4 - Vice-Président du groupe d'amitié France-Bénin,

5 - Vice-Président du groupe d'amitié France-Djibouti,

6 - Vice-Président du groupe d'amitié France-Equateur,

7 - Secrétaire du groupe d'amitié France-Algérie,

8 - Secrétaire du groupe d'amitié France-Côte d'Ivoire,

9 - Secrétaire du groupe d'amitié France-Slovaquie,

10 - Membre suppléant de la délégation française à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe,

11 - Représentant suppléant de la délégation française à l'Assemblée de l'Union de l'Europe Occidentale,

12 - Membre du groupe français de l'Union interparlementaire.

Mars 2008 - Monsieur Rouquet est élu Conseiller municipal et le voilà nommé:

13 - Maire d'Alfortville,

14 - Premier Vice-Président de la Communauté d'Agglomération de la Plaine Centrale du Val-de-Marne,

15 - Premier Vice-Président de l'Etablissement Public d'Aménagement Orly-Seine-Amont,

16 - Membre du Syndicat Paris-Métropole.

Mise à jour du 24 septembre 2009 : Et hop, de 17 - Premier Vice-Président du Syndicat Autolib.

Etonnant, non ? Et nous en avons certainement oublié... Monsieur Rouquet rejoint ainsi la cohorte de ces cumulards qui ne peuvent pas assurer les charges qu'ils ont sollicitées.

Monsieur Rouquet n'était pas à son travail de parlementaire le 09 avril. Monsieur Rouquet n'assiste à aucune séance de commission municipale. Monsieur Rouquet n'a aucune permanence d'élu, ni en tant que Maire, ni en tant que Député. Monsieur Rouquet ne répond ni aux courriers, ni aux appels des Alfortvillais : les commentaires édités sur notre blog en témoignent à l'abondance. Monsieur Rouquet n'a pas le temps de dialoguer avec ses administrés, de communiquer directement avec eux, par exemple en faisant un blog: il l'a déclaré à la presse.

Consacrant une miette de temps à tout, Monsieur Rouquet n'accorde le temps nécessaire à rien, et en particulier à sa charge de Maire de la commune. Les Alfortvillais versent une indemnité de fonction à leur Maire, bien souvent absent. Comme tant d'autres parlementaires. Quelle société privée pourrait tolérer qu'un de ses employés recevant un salaire à temps complet travaille dans d'autres sociétés pour des salaires à temps complet ? C'est pourtant le cas de ces cumulards. 

Dans un accès d'autoritarisme, Monsieur Coppé, Président du groupe parlementaire majoritaire, indique qu'il va prendre des mesures draconiennes pour obtenir la présence de 40 députés dans l'hémicycle lors des votes. 40 sur 317, soit 12 %, quel exploit ! Le ridicule de tels propos ne semble pas l'effleurer... Ces gens naviguent dans leur bulle.

La sanction financière ? Elle existe dans le réglement de l'Assemblée : un député qui a "pris part pendant une session, à moins des deux tiers des scrutins publics" est sanctionné d' "une retenue du tiers de l'indemnité de fonction pour une durée égale à celle de la session". Sanction que les députés ne se sont jamais auto appliqués : la solution ne passe pas par là.

Il serait pourtant possible de dissuader les parlementaires de courir à droite et à gauche (c'est le cas de le dire) au moyen de deux mesures simples : l'interdiction pour un parlementaire d'avoir un autre mandat électif, la limitation d'éligibilité à deux mandats consécutifs ou non.

La première mesure permettrait aux parlementaires d'assurer leur mandat "à plein temps" et la seconde de ne pas détaler le mercredi soir jusqu'au mardi matin dans leur circonscription pour cajoler leur électeurs.

Mais pour cela il faudrait qu'une loi soit votée... par les parlementaires... Le cumul et l'absentéisme ont encore de beaux jours devant eux : ce sont pourtant les deux mamelles de l'antiparlementarisme.