Elections législatives obligent, la presse s'intéresse en ce moment au rôle et à l'action des députés. Ainsi, le quotidien "les Echos" fait paraître chaque jour depuis lundi une pleine page sur le sujet. Ainsi, le journal "le Parisien" en faisait son gros titre dans son édition du lundi 28 mai, avec la mention: " Député: vous lui demandez tout ! ".

ALFORTVILLE CONFLUENCE fait ici l'analyse de ces articles, en la prolongeant par une observation de la situation à Alfortville.

Le Parisien relève que la vie de député ressemble un peu trop à celle d'une assistante sociale, en particulier pour les élus qui cultivent le clientélisme au détriment de leur fonction réelle, qui devrait se limiter "à voter des lois, à adopter une fois par an le budget de l'Etat et à contrôler le gouvernement". Les journalistes notent justement que "s'il est élu dans le cadre d'une circonscription locale, le député, une fois choisi par le peuple, devrait être l'élu de toute la nation".

Le Parisien note que ce rôle d'intervention au service de l'électeur (groupe ou personne physique) peut prendre des formes diverses.

Tout d'abord, les questions écrites au gouvernement avec une moyenne de 222 par député au cours de la mandature. Monsieur Rouquet se situe donc dans la moyenne: il n'a donc pas à s'en vanter particulièrement dans son dernier tract comme le remarque Hérodote dans son dernier billet...

Ensuite, la réception dans sa permanence. Tel député indique qu'il reçoit ainsi une trentaine de personnes par semaine, ce qui donne 9 000 électeurs en fin de mandature, chaque demande faisant l'objet d'un accusé de réception dans les 48 heures... Tel autre déclare avoir reçu 6 000 familles et traité plus de 9 000 dossiers. Monsieur Rouquet, n'ayant pas de permanence et ne répondant pratiquement jamais à aucun courrier, n'a pas fait état de son score à ce sujet dans son dernier tract... Cela étant sans doute la cause de ceci, parce que 5 personnes par jour ouvrable qui recevraient une réponse dans notre ville, cela se saurait...

Les Echos s'attachent plutôt, pour leur part, à une vision de la fonction de député dans son rôle national et aux dérives de l'institution dans sa globalité, en faisant un certain nombre de constats.

Premier constat: la vie de député n'est pas de tout repos, en particulier pour les provinciaux qui, arrivés de leur circonscription le mardi matin, y retournent précipitamment le jeudi dans la nuit ou le vendredi matin.

Cumulards_

Deuxième constat: la cause de cette "vie de fou" s'explique principalemennt par le fait que 90 % des députés sont des cumulards (voit infographie ci-dessus), dont la double casquette les oblige à courir continuellement entre leur circonscription et le Palais Bourbon.

Troisième constat: cette généralisation des cumuls a de graves conséquences, selon Guy Carcassonne, professeur de droit public, qui déclare: "La France n'a plus d'Assemblée nationale."

La dévalorisation continue de la fonction de député s'explique dans le fait de l'absentéisme (le spectacle affligeant de bancs pratiquement vides, diffusé à longueur de journées par la chaîne parlementaire...), du nombre et de la technicité croissants des textes législatifs qui nécessitent des heures d'analyse. Là où il ne faudrait que des professionnels avertis, on voit bien souvent, au mieux, des vigiles chargés de permanence, muets sur les textes, simplement préposés à tourner les clefs de vote en appliquant les consignes de leur groupe, et, au pire, des représentants d'intérêts locaux, plus enclins à labourer leur circonscription. Le nombre de députés qui se spécialisent et deviennent incontournables sur certains dossiers est bien trop réduit.

Pierre Mazeaux, ancien Président du Conseil Constitutionnel, fait ainsi remarquer: "Il y a très vite deux types de députés, ceux qui viennent pour regarder passer les balles et ceux qui décident d'entrer dans le jeu et de s'y adonner avec intensité."

Selon Guy Carcassonne, la clef du pouvoir, c'est le travail et la fin de l'absentéisme et, pour cela, il suffirait de supprimer le cumul des mandats, cette exception française en Europe. Cela briserait, selon lui, le cycle infernal actuel: des députés peu présents, donc isolés devant l'autoritarisme gouvernemental, d'où un sentiment d'impuissance, qui engendre un repli sur le mandat local, lui-même cause d'absentéisme.

Tout ceci entraîne la décrébilisation de la fonction et l'antiparlementarisme. Mais les députés étant pour plus de 90 % des cumulards, ils ne sont pas prêts à faire leur nuit du 4 août et à sacrifier leurs privilèges. Saluons donc le courage isolé de Ségolène Royal qui a proposé cette mesure dans son pacte présidentiel et qui s'y tient pour elle-même.

Devant cette obstruction de la nomenklatura poltique, toutes tendances confondues, la solution appartient donc aux Français, qui doivent prendre conscience de ce problème et obliger les candidats à choisir leur fonction, en sanctionnant par le vote toute tentative de cumul.

Cette solution s'impose plus particulièrement aux Alfortvillais, dont le Maire a décidé de se représenter à la députation, tout en ne donnant aucun signe de renoncement à un nouveau mandat municipal l'année prochaine.